[Interview] Clément, globe-trotter depuis 5 ans !

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Colombie (2012) – crédit photo: Clément Burelle

Nous avons rencontré Clément, globe-trotter et voyageur curieux, qui découvre le monde qui nous entoure depuis maintenant 5 ans ! Il nous explique son choix, nous présente son association et nous donne un petit aperçu de ce qu’il vit en photo.

Qu’est-ce qui vous à poussé à « prendre la route » ?

En 2009, alors âgé de 23 ans, je me sentais lassé par une vie déjà trop bien rangée à mon goût. Je ne me reconnaissais pas dans ma façon de vivre, l’impression de ne pas/plus m’épanouir, d’être satisfait mais pas vraiment heureux. Après avoir démissionné, je pensais faire un « break » de 3/4 mois avant de me reconvertir professionnellement. Aujourd’hui ça fait maintenant plus de 5 ans que j’ai décroché ! En chemin pleins de petits boulots, nettoyer des voiliers au Panama, accueillir les touristes dans une auberge au Mexique, faire la plonge au Salvador, retaper des bateaux en Corse et de temps en temps de la photographie et vidéo (Bolivie, Burkina Faso, France, etc.).

J’ai ainsi saisi que « la Route » comme l’appelait Jack Kerouac, c’est ce qui m’aide à dissiper mon nuage, à affronter mes questions, à vivre plus simplement pour parvenir à faire sauter mes barrières, rencontrer, apprendre, partager et tenter d’agir à mon échelle aux côtés de ces rencontres. Grâce à ces « Quetzals », les pays n’ont alors plus d’importance. Je ne crois plus aux frontières ! Je pense que le Monde est un tout et que nous sommes humains avant d’être un individu.

Que signifie « Quetzal » ? Et pouvez-vous nous présenter votre projet « Vies de Quetzal » ?

Vies de “Quetzal”, est un projet du nom de cet oiseau d’Amérique centrale qui meurt lorsqu’il est en captivité. C’est sur cette idée de liberté que cette exposition itinérante s’est créée. Cette réalisation est le fruit de six années de voyages et de rencontres. Elle traitera donc de la Route et de sa philosophie, du Voyage et de ses réflexions. Durant ce voyage, des appareils photos sont prêtés/donnés afin que « les voix minoritaires » (notamment les peuples indigènes mais pas seulement), puissent s’exprimer par le biais de la photographie. L’image devient alors témoignage, et la photographie un vecteur de rencontres et de réflexions.

Ensuite, ce sera à l’exposition et à ses ateliers de vagabonder, en France bien sûr mais aussi à l’étranger (Espagne, Colombie, Burkina Faso, Algérie etc). A travers ce projet, une multitude d’invitations au Voyage seront donc possibles ! Chaque jour, chaque image, chaque mot, deviendront alors une opportunité en plus pour féconder sa réflexion et sa pensée”.

Pourquoi avoir mis en place ce projet ?

Durant ces années, le voyage a été une manière pour moi de m’accomplir, j’aimerais qu’il se convertisse également en une façon d’agir (c’est pourquoi en 2011 j’ai créé avec un ami de la Route, Julien Masson, l’association G4P. Avant ce projet j’ai eu l’occasion de concrétiser d’autres projets en lien avec cette association : financement d’une école au Bénin, ateliers photos en Colombie, et aujourd’hui on travaille sur la réalisation d’un documentaire dédié aux femmes des Kivus (République Démocratique du Congo).

Concernant ce projet « Vies de Quetzal », il est le fruit de ces années « d’itinérance ». J’en avais un peu marre d’entendre toujours les mêmes discours défaitistes : « de toute façon… Qu’est-ce qu’on peut y faire ». J’avais envie d’oser y croire, de partager toutes ces émotions qui composent un paysage humain étonnant et qui montrent que des alternatives sont possibles. Donner la parole à ces gens par le biais de la photographie, de croire en l’Homme, au partage, au respect de la différence ; d’inviter à la réflexion par l’humour et l’image afin de montrer ce qui est beau pour donner envie de le préserver. Voyager et vivre avec une simplicité volontaire pour être à l’encontre de la démesure de ce système. Aux côtés de ces quetzals, chaque acte quotidien devient alors une manière de lutter.

Quel est vote objectif quand vous prenez des photos ? Que souhaitez-vous exprimer ?

Je souhaite parvenir à témoigner par le biais de l’image. La photographie a selon moi quelque chose d’universelle, elle parle à l’Homme sans se soucier des langues ou des continents. Elle invite à penser ensemble, à sentir, à interpréter. Je pense qu’à travers elle et ses témoignages, il est possible de découvrir et d’offrir des sentiments nouveaux. Elle permet ainsi d’ouvrir une voie accessible vers des interrogations face à certaines inégalités, des réflexions qui permettront de peut-être mieux comprendre l’autre, de s’intéresser à son histoire et pourquoi pas d’agir. En exposant dans la rue, la photo (et ses témoignages) s’invite dans notre quotidien, elle se fait alors porte voix des « sans voix ».

Pouvez-vous nous donner 2/3 exemples de photos marquantes ainsi que leur « histoire » ?

Avec plaisir! Il y aurait tellement à dire, dur de faire le tri.

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Burkina Faso (2013) – crédit photo: Clément Burelle

Ce sourire m’a été offert par Adama durant une projection de films en plein air dans le village de Komsilga situé près de Ouagadougou au Burkina Faso. Un cinéma itinérant prenait place suite à l’organisation du festival d’arts de rue burkinabé « Rendez-vous chez nous ». Durant une dizaine de jours ce festival organisait divers événements afin de rendre la culture africaine plus accessible (gratuitement) aux peuples africains : danses maliennes, acrobates guinéens, chanteurs ivoiriens, etc.

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Bolivie (2012) – crédit photo: Clément Burelle

La Paz est une ville en perpétuel mouvement. Ce jour-là, une manifestation revendiquait en musique le droit des mineurs face à la privatisation de certaines organisations. Felipe se trouvait parmi les manifestants pour soutenir son fils (mineur) qui faisait face à un avenir incertain. Lorsqu’il m’a vu réaliser quelques clichés, Felipe s’est mis à danser tout seul en me confiant : “la vie se danse”.

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USA – 2010

Passionné de musique, Lewis rêvait d’être saxophoniste depuis son enfance (bercé par les vibes de Macéo Parker). Le temps faisant son affaire, on oublie bien trop souvent nos rêves pris par “des obligations”. Lewis était jeune père de deux enfants qu’il lui fallait nourrir et élever seul dans le quartier d’Harlem (New York). Durant des années il a enchaîné ainsi les petits boulots (en général deux emplois dans la même journée). Les fins de mois restaient difficiles et ses garçons s’élevaient plus ou moins seuls (absence du père toujours au travail). Un matin lassé par ce mode de vie et le désir d’accorder plus de temps à ses fils, il a décidé de ne pas aller au travail, ressortit alors son saxophone et tenta de jouer dans Central Park. Séduit par son groove, les passants glissaient quelques cents dans sa casquette qui se transformèrent en 1$, puis 2$ etc… Le soir même il rentra assez tôt pour aller chercher ses fils à l’école avec plus de 200 dollars en poche (le fruit de sa passion, et non d’un labeur) : “tu sais j’ai compris avec les années que l’Homme ne mangeait pas que de la nourriture”.

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Papouasie Nouvelle Guinée (2009)

Lors d’un séjour en Papouasie Nouvelle Guinée, j’ai eu la chance d’être invité par un village durant plusieurs semaines. Les membres de la tribu étaient en pleine préparation d’un singsing (rassemblement de plusieurs clans autour de danses et de chants). Lors de la cérémonie, j’ai particulièrement été touché par cet homme, des larmes naissaient dans ses yeux alors qu’il était en pleine danse. Le bonheur simple de savourer cet instant humble auprès des siens, l’or du commun.

Où en êtes-vous dans votre projet ? quelles sont les prochaines étapes ?

Je le pense, l’écris et le rature depuis 2009. A partir de 2011, j’ai commencé à tester quelques unes de mes idées, ateliers inter-générationnels au Guatemala, ateliers de photographie en Colombie. En octobre 2013, j’ai eu la chance d’être sélectionné parmi les premiers résidents de la Villa du Grand Bivouac. Le comité de pilotage est composé d’Olivier Weber (écrivain, diplomate, grand reporter) Sylvie Brieu (grand reporter National Geographic), Marianne Chaud (ethnologue, réalisatrice) Franck Michel (anthropologue, écrivain) etc… Ils nous orientent dans la construction et la concrétisation de ces projets. J’ai notamment ici le plaisir d’être suivi/parrainé par Patrick Bard (photojournaliste et écrivain). Cette sélection m’a réellement boosté pour tenter de concrétiser cette idée d’exposition et d’ateliers. Aujourd’hui je continue ma Route (actuellement aux Canaries où je pense me baser, pour ensuite me diriger en travaillant sur un bateau vers le Cap-Vert, ou peut-être le Sénégal). Au quotidien, je travaille particulièrement sur la recherche de partenaires (diffuseurs et financiers) qui se reconnaîtraient dans les valeurs de ce projet, il y a déjà quelques bonnes nouvelles comme un partenariat avec le magazine Grands Reportages. La première exposition prendra place à Albertville durant le festival « du Grand Bivouac » 2015. Ensuite l’expo voyagera en France avant de se tourner vers l’étranger, déjà en contact avec plusieurs villes mais je préfère attendre les confirmations. Vous pourrez suivre le déplacement de l’exposition directement sur le site.

Comment faire pour vous soutenir ?

La première chose c’est bien sur d’en parler ! C’est bien de récolter des témoignages, mais c’est mieux s’ils sont entendus! Vous pouvez notamment suivre l’évolution de l’exposition et des voyages sur la page facebook : et sur twitter : @clementburelle. Ensuite venir rencontrer quelques uns de ces Quetzals durant l’exposition (qui sera 100% gratuite ! Et parfois accompagnée d’ateliers de photographie, gratuits eux aussi). Et enfin, si vous souhaiter adhérer ou faire un don ponctuel à l’association « Vies de Quetzal » je vous invite à vous rendre directement sur le site www.vd-quetzal.net dans la partie « Nous soutenir ».

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